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Témoignages



Valentin BEAUVAL, agronome et ancien paysan

Comment les pesticides arrivent-ils dans les pays du Sud ?

Les pesticides  répondent aux règles habituelles du commerce des marchandises avec cependant des particularités relevant de leurs toxicités pour l'homme et l'environnement. Ainsi logiquement, dans un pays ne peuvent être fabriqués et utilisés que les produits autorisés dans ce même pays. Pour prendre l’exemple de l’Afrique de l’Ouest, la liste des pesticides admis au Bénin est très différente de celle du Togo et surtout du Ghana. Ce dernier état est plus laxiste et importe beaucoup de pesticides venant d'Asie. La Chine et l’Inde commercialisent en effet certains produits dangereux interdits par la réglementation européenne. Mais comme les frontières sont souvent poreuses, ces pesticides non homologués qui transitent par le Ghana ou le Nigeria se retrouvent dans les mains des paysans africains.
Il est à noter que ce problème est parfois rencontré en Europe : certains agriculteurs français utilisent ainsi des pesticides interdits en France mais autorisés en Espagne.

Existe-t-il une réglementation harmonisée au niveau international ?

La Convention de Rotterdam (ou Convention PIC) a pour but d'éradiquer ou de fortement réduire l'usage des plus dangereux. Engagée depuis 2004 par le Programme des Nations Unies pour l’environnement, elle donne la liste des produits très dangereux et permet aux pays de refuser ceux qu’ils ne peuvent pas gérer. Mais elle n’a pas permis d’éradiquer les flux illégaux de pesticides.
Les documents produits par cette convention devraient être plus largement diffusés et utilisés par les acteurs concernés : responsables politiques et d’organisations professionnelles agricoles, ONG, ...

Peut-on réduire l'utilisation des pesticides ?

Elles sont très nombreuses. On peut désherber sans chimie en utilisant des techniques mécaniques. On améliore les rendements et on limite les risques en pratiquant la rotation des cultures. Ces pratiques doivent être soutenues. C'est un axe important dans toutes les formes de transitions agroécologiques.
Néanmoins, il me semble qu’il faut être pragmatique pour préserver la sécurité alimentaire des populations, surtout dans les régions du monde très peuplées ou soumis à de forts aléas. Il est parfois nécessaire d'utiliser certains pesticides, du moins en l'état actuel des connaissances et après avoir tenté toutes les solutions agroécologiques connues. Ainsi, les méthodes naturelles de lutte contre les rongeurs sont certes efficaces mais peuvent être parfois insuffisantes.
Attention aussi à certains pesticides naturels dont l'usage est accepté dans des cahiers des charges « biologiques » et qui peuvent s'avérer assez toxiques pour l'Homme et l'environnement. C'est le cas bien connu des feuilles de tabac mais aussi de la roténone, aujourd'hui interdite en Europe. Utiliser un produit naturel ayant des propriétés insecticides ne veut pas dire qu'il ne faut pas se protéger en faisant l'application.

Propos recueillis par Laure ESPIEU

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Marie-Monique ROBIN, journaliste d’investigation, écrivaine et réalisatrice


Quelles sont les 1ères victimes des pesticides ?

Les premières victimes des pesticides au niveau mondial sont sans conteste les paysans ! Partout où je me suis rendue, ce sont toujours les paysans qui sont les plus touchés par les dangers des pesticides. L’OMS comptabilise 200 000 morts par an à cause des pesticides.

Il est à noter que ce chiffre tragique prend en compte le nombre de suicides par le biais des « poisons agricoles », ainsi que j’appelle les « pesticides », qui sont les piliers du modèle agro-industriel poussant à l’endettement et donc à la faillite de nombreux paysans.

Et en France ?

En France, les agriculteurs victimes de maladies professionnelles commencent à s’organiser et c’est quelque chose d’unique au monde ! L’association Phyto Victimes s’est créé suite à la réalisation de mon film « Notre poison quotidien ». Elle vient en aide à ces trop nombreux agriculteurs à qui on a vendu pendant des dizaines d’années les soit disant « bienfaits » d’une agriculture productiviste à base d’emploi de pesticides. On constate aujourd’hui a postériori les ravages de ces pratiques.

N’existe-t-il pas des lois contre ces produits dangereux ?

La France protège aujourd’hui mieux ses habitants que lors des décennies précédentes de la fameuse révolution verte. La convention de Rotterdam offre depuis 2004, en principe, la possibilité pour un pays de décider quels sont les produits chimiques dangereux qu’il veut bien recevoir sur son territoire et de refuser ceux qu’ils ne sont pas en mesure de gérer en toute sécurité.

En revanche, ce qui est désormais interdit ici est allègrement écoulé au Sud ! Je constate par mes différents reportages sur le terrain que cette convention est inégalement appliquée dans le monde. Le commerce mondial des pesticides est estimé à 50 milliards d’euros par an et la fraude à 5 milliards. C’est un business juteux !

Que faire ? N’avons-nous pas besoin des pesticides pour se nourrir ?

Mais absolument pas ! Le plus gros mensonge des firmes agroalimentaires et phytosanitaires est de faire croire que les pesticides sont nécessaires pour nourrir le monde. D’ailleurs, les défenseurs des pesticides oublient de dire qu’on n’est pas parvenu à nourrir le monde avec les pesticides, puisque d’après la FAO plus de 900 millions de personnes ne mangent pas à leur faim dans le monde. Le modèle agro-industriel est un échec patent !

L’agroécologie est selon moi la seule solution pour nourrir la planète sans l’empoisonner. Les terres qui sont cultivées avec des pratiques agroécologiques bénéficient d’un bien meilleur rendement que celles où les pesticides ont été utilisés.

C’est pour cela que vous soutenez la pétition contre les pesticides les plus dangereux ?

Oui car nous n’avions par le passé pas forcément conscience des dangers de ces pesticides sur notre santé. Aujourd’hui nous le savons et nous avons arrêté d’utiliser les produits les plus toxiques. Il est totalement injuste et criminel de continuer à distribuer ces produits aux pays du Sud, sur le seul critère du business.

Propos recueillis par Christophe LEBEL

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Gonnane MONGALIN, paysan togolais


Comment pouvez-vous décrire votre situation familiale ?

Dans notre village au nord du Togo, nous avons quatre enfants à la maison avec ma femme. Je cultive le maïs, le sorgho, le mil et le niébé en alternance. Pour nourrir notre famille, l’agriculture ne suffit pas : je complète avec la vente de volailles.

Utilisez-vous des pesticides sur vos cultures ?

Oui j'utilise des pesticides sur la tomate et le niébé. Pour la tomate, il y a un insecte qui pique les fleurs et les fleurs tombent. Un autre insecte pique les fruits et restent à l'intérieur et le fruit se gâte. Pour le niébé, si la floraison commence, les insectes rongent les fleurs et les fruits et on ne récolte que des feuilles et non des fruits.

Comment traitez-vous les pesticides sur vos cultures ?

Pour traiter les tomates et le niébé, j'achète un produit pesticide chimique. Je mélange ce pesticide avec de l’eau dans un pulvériseur. Quand je fais cela, je ne porte ni lunette, ni gant et je ne porte aucune protection. Si une quantité du produit reste dans le pulvérisateur, je garde jusqu'au prochain traitement. Je garde les pesticides dans ma chambre sous le lit. Si les boites de pesticides ne sont pas terminées, je les garde sous le lit jusqu'à l'année prochaine pour les utiliser sur les nouvelles cultures.

Ressentez-vous des effets des pesticides sur votre santé ?

Chaque fois après avoir répandu les pesticides, je me gratte la peau pendant 8 heures de suite. D'abord, ça commence à me gratter les pieds et ça monte vers les bras. Je tousse aussi beaucoup après le traitement. Je continue à tousser pendant une demi-journée après le traitement. Parfois, la toux commence même pendant le traitement si la direction du vent change. Je ne connais pas les effets à long terme de l'usage de ces pesticides sur ma santé…

Propos recueillis par Bakary SAMAKE

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